La websérie documentaire

Découvrez LE genre documentaire en plein essor

La websérie documentaire, c’est LE genre de demain, qui est déjà en plein essor. 

Si ce genre se développe, c’est parce qu’il convient aux nouveaux usages de notre époque. Selon Daniel Khamdamov, chargé de programme pour ARTE creative : « il y aura une profusion de webséries car les usages évoluent dans ce sens. Mais il ne faut pas oublier que dans cet environnement, ce sont les usages des internautes et principalement des plus innovants, qui vont induire de nouvelles écritures, de nouveaux formats, de nouvelles pratiques. Avec les millenials (les 16-30 ans), il y aura peut-être de nouvelles écritures qui iront encore plus loin dans l’hybridation » (Extrait d’un entretien conduit par Justine Camus et publié sur Wes Festival).

 

Les caractéristiques majeures de la websérie

Diffusée sur internet, la websérie documentaire se caractérise par une suite d’épisodes de courts documentaires (moins de 13 minutes par épisode, et plutôt entre 3 et 8 minutes) qui peut mixer toutes les formes narratives ; c’est son caractère hybride : fiction, documentaire, images filmées, archives, dessins et animation…

Pour Cédric Mal, créateur du Blog documentaire, les webséries documentaires consacrent le genre du court métrage, que l’on trouvait davantage auparavant en fiction. S’y ajoute l’influence de la série télévisée de fiction et de la série documentaire audiovisuelle.

La websérie se distingue aussi du webdocumentaire : celui-ci implique toujours une interactivité et une écriture délinéarisée. Il demande un grand engagement en termes de participation et de temps, et recquiert souvent l’utilisation d’un bel écran d’ordinateur pour apprécier sa qualité. La websérie renouvelle plutôt l’écriture linéaire, et correspond bien à un visionnage sur des supports mobiles.

Selon Gwenaelle Signaté, responsable de la plateforme IRL, écrire votre websérie documentaire demande d’allier une « méthode structurée » avec « un grain de folie » ; c’est un laboratoire d’expérimentations. Il s’agit de « mettre les technologies au service de l’histoire », « de documenter notre époque » sans recourir donc à des archives et de « casser les codes ». Je vous recommande sa conférence en vidéo à ce sujet en ligne sur le site du Web Program Festival 2016.

Ton décalé, audace, pas de côté dans la forme, et explorations de sujets qui ne sont pas traités d’ordinaire à la télévision sont les maîtres mots d’une websérie documentaire. Les internautes se sont familiarisés sur le web avec des cadrages et rythme de montage singuliers, et ils acceptent d’être malmenés ou surpris. La websérie documentaire laisse la place à votre créativité de manière débridée.

L’humour est aussi bienvenu et s’allie parfaitement avec un contenu sérieux, profond, et l’affirmation de valeurs humanistes : voir la série Commises d’offices. Pour autant, la poésie retrouve aussi toute sa place dans certaines webséries (je vous conseille celle de la réalisatrice Marion Gervais à cet égard).

Autre caractéristique : être à la pointe des nouvelles technologies comme des nouveaux usages. Si vous avez un projet de websérie :

  • essayez d’intégrer un travail graphique innovant et artistique (voir ci dessous l’exemple de « La Parade » sur IRL)
  • du son binaural s’il est question de musique (voir cet exemple sur ARTE creative)
  • des séquences en 360 ou de la réalité virtuelle si c’est justifié par votre sujet
  • ou imaginez un projet global qui comprend la diffusion de votre websérie ET une expérience interactive qui engagera fortement les internautes…

 

Quelles sont les grandes plateformes de diffusion ? 

  • la plateforme d’IRL (In Real Life) de France TV Nouvelles Ecritures, en accès libre, où les webséries sont feuilletonnantes, c’est-à-dire qu’une histoire progresse d’épisodes en épisodes, et en même temps chaque épisode développe son propre arc narratif. IRL propose aussi des programmes intitulés « Fact Checking » qui se rapprochent du programme de flux, avec un traitement de magazine. L’internaute découvre alors un sujet varié par épisode, selon un canevas formel et un ton reproduit dans chaque épisode.
  • la plateforme ARTE creative, en accès libre et plus généralement ARTE.TV, où les webséries prennent la forme d’une enquête avec un angle d’attaque original, et d’une déclinaison thématique. Chaque épisode alors est relié par un fil rouge, peut inclure des archives, et développe un thème en particulier en lien avec l’angle choisi. La ligne éditoriale d’ARTE creative est celle de la Pop et Geek culture, alors que les sujets sont diversifiés sur ARTE.TV.
  • Studio + accepte des séries documentaires de 10 * 10 minutes et fonctionne sur abonnement, ainsi que la future plateforme Blackpills.
  • Spicee, pour une part en accès libre et le fond principal sur abonnement
  • les plateformes comme Viméo, Youtube, Dailymotion… et les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Snapshat…)

Cette liste n’est pas exhaustive ; des sites internets diffusent aussi leurs propres webséries documentaires, avec des soutiens variés (CNC, SCAM pour les aides aux Nouveaux Médias, sponsors publics ou privés…)

Pour la diffusion, les politiques sont différentes selon la plateforme. Par exemple, sur ARTE creative, tous les épisodes sont mis en ligne le même jour et l’internaute peut les regarder dans l’ordre, dans le désordre, d’une seule traite ou à plusieurs moments. Sur IRL, les épisodes sont diffusés au fil des semaines afin de fidéliser l’internaute.

Les ponts avec une diffusion à l’antenne existe : par exemple, certains webséries d’IRL peuvent donner lieu par la suite à la création d’un documentaire de 52 mn pour l’antenne (c’est le cas de la série La Bande du skate-park de Marion Gervais), tandis que les séries ARTE creative sont plutôt webnatives (uniquement dédiées à la plateforme web).

 

Quelques exemples à découvrir

Voici une expérience réussie conduite sur Facebook par la réalisatrice Stéphane Mercurio en 2016, produite par La Générale Production : Les Parisiens du mois d’Août. Il s’agit d’une « balade documentaire à Paris entre le 1er et le 31 août le long des rives de la capitale ». Stéphane Mercurio poste alors tous les jours des textes, photos et montages vidéos en format courts mettant en scène, avec beaucoup de délicatesse et d’attention à leurs activités, les parisiens (un éclusier, des égoutiers, le veilleur de Notre Dame, des riverains…). Cette websérie a été saluée par Télérama et Le Monde en particulier.

 

 

Sur IRL, explorez l’ensemble de leurs séries, et je vous propose d’observer l’utilisation poétique, la composition graphique par collage d’images, et la lenteur audacieuse du rythme de cette websérie qui touche en plein coeur : La Parade. Il s’agit d’un « Conte post-industriel » écrit et réalisé par Mehdi Ahoudig et Samuel Bollendorff (un artiste du webdocumentaire, très connu notamment pour Voyage au bout du charbon).

En voici le pitch : « La Parade, est une fable bien réelle. C’est l’histoire de Cloclo n°18, majorette, de Jonathan, adepte de tuning, de Freddy, éleveur de coqs de combats et de Gros Bleu, le pigeon voyageur, qui au rythme de l’harmonie de Oignies et sous le regard bienveillant des géants, vivent leurs passions héritées des traditions ouvrières du Nord. Loin de l’image sociale réductrice et des préjugés, Mehdi Ahoudig et Samuel Bollendorff voient dans cette survivance, une génération portée par l’espoir. »

 

 

Sur ARTE creative, explorez leurs nombreuses séries pop et si vous le souhaitez, découvrez la websérie que j’ai réalisée. Elle est diffusée depuis Septembre 2016 pour une durée de trois ans : TELEPORTATION 2161. Il s’agit de 10 épisodes de 4mn décryptant le caractère visionnaire et profondément humaniste de la saga Star Trek, à l’occasion des 50 ans de la série et de la sortie du tout dernier film au cinéma.

La série aborde aussi bien l’histoire de la Science-Fiction que la course à l’espace (avec notamment l’astronaute Jean-François Clervoy), un système économique innovant et ces inventions technologiques que l’on doit à la saga comme notre smartphone, l’ipad, etc, tout en mettant l’accent sur des valeurs qui nous rassemblent.  Je l’ai co-écrite avec l’expert de la Saga Star Trek en France, Paul-Hervé Berrebi. C’est l’artiste geek Samsofy qui a créé l’habillage et une mise en scène originale avec les personnages de Star Trek en kré-os (un équivalent des légos) afin d’apporter une touche créative mêlant humour et hommage.

 

Modèle de websérie autoproduite et diffusée sur Youtube : « Qui es-tu Japon ? » de David Minh Tran. Regardez les deux saisons sur sa chaîne Youtube. Ce réalisateur, à la fois personnage de sa série, filme seul, monte et diffuse par lui-même. Il a su rassembler les internautes autour de sa passion pour le voyage, et sa deuxième saison a pu ainsi bénéficier d’un financement par le Tokyo Metropolitan Governement. Le pitch : « Japon, qui es-tu ? est une série documentaire qui raconte le périple de son réalisateur David-Minh TRA à travers plusieurs villes japonaises. Explorateur solitaire, il nous livre ses sentiments sur la culture et la beauté de ce pays si mystérieux et fascinant aux yeux du monde entier. Entre l’émerveillement, la barrière de la langue et le choc culturel, vous vivrez le quotidien reporté en temps réel d’un explorateur solitaire au Japon comme si vous y étiez. » Il est vraiment doué, attachant, intéressant et plein d’humour.

 

 

Pour quelle audience ?

L’audience s’avère aussi nouvelle pour la websérie documentaire. Elle intéresse un public d’actifs, les générations de 25 à 49 ans, habituées au surf. Elle peut toucher même les plus jeunes générations qui consomment davantage du clip vidéo ou les vidéos de Youtubeurs. Ce public regarde la websérie documentaire sur différents supports : le téléphone mobile, la tablette, et plus rarement l’ordinateur.

Les diffuseurs ouvrent leur porte à un vivier d’auteurs et réalisateurs nouveaux, qui ont grandi dans la culture web. En tant qu’auteur, vous devez capter l’attention des internautes rapidement et donner envie de cliquer sur les autres épisodes.

Ils  recherchent aussi des stratégies de communications innovantes afin de conquérir les internautes.

 

Comment bien construire votre dossier ?

On retrouve bien sûr les fondamentaux de l’écriture du dossier de documentaire. L’auteur choisit un angle, détermine un parti-pris fort sur le réel qu’il veut raconter ou décrypter, présente ses intentions, et écrit un résumé… Mais l’auteur est invité à subvertir ces fondamentaux. Et la conception du dossier de la websérie est différente, car il s’agit :

  • d’écrire un synopsis développant le contenu des épisodes et présentant une progression entre eux.
  • d’écrire un traitement ou note de réalisation dans la recherche d’un format innovant, de choix esthétiques audacieux, et s’adaptant aux usages sur le web.
  • d’imaginer par avance comment vous allez communiquer autour de votre série et rassembler autour de celle-ci la plus grande communauté possible.

Si vous avez un projet de websérie documentaire, découvrez les formations spécifiques sur ce genre que je propose régulièrement ou celle que j’enseignerai au CEFPF sur 30 jours et prise en charge par l’AFDAS pour les Intermittents. 

Si vous avez des questions ou s’il y a des points précis sur lesquels vous souhaitez un article, déposez-les dans les commentaires, je vous répondrai avec plaisir !
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